Sortie aujourd'hui, officielle, du Patient 1167, T1 de cette nouvelle série dont j'ai déjà un peu parlé sur ce blog... Comme promis, pour les premiers lecteurs et les suivants, voici les annotations complètes de ces 46 premières planches - histoire d'en savoir un peu plus sur le travail en profondeur et quelques motivations ou réflexions...
L'ULTIME CHIMERE - Annotations T1
L'univers de LAURENT F. BOLLEE, plus connu sous ses initiales LFB ! BD, course automobile, réflexions personnelles au menu... sans oublier les critiques ciné de notre chroniqueur El Bacos ! Welcome...
11 mars, 2008
Alain Resnais
Juste pour vous dire que j'étais hier et aujourd'hui au Studios d'Arpajon où mon fils Hugo faisait une silhouette pour le dernier film (dont le tournage a commencé il y a seulement cinq jours) d'Alain Resnais, Les Herbes folles. Tout s'est bien passé, les scènes en question (dans un cabinet de dentiste) se passant avec Emmanuelle Devos. J'ai évidemment aperçu plusieurs fois Sabine Azéma, qui comme chacun sait est la femme d'Alain Resnais tout en demeurant une de nos plus grandes actrices contemporaines. Très sympa en tout cas, avec plusieurs petits mots gentils pour les figurants...
Bref, tout ça pour vous dire que je vois soudain arriver Alain Resnais dans mon dos... Première impression étonnante : à 86 ans, il est vêtu d'une sorte de survêtement noir, avec grosse doudoune, visière de golf rouge sur le front, tennis aux pieds ! Pas grave, un mot à un acteur qui joue aussi une silhouette et poignée de mains à votre serviteur, qui n'en espérait pas tant... Un honneur !
Bref, tout ça pour vous dire que je vois soudain arriver Alain Resnais dans mon dos... Première impression étonnante : à 86 ans, il est vêtu d'une sorte de survêtement noir, avec grosse doudoune, visière de golf rouge sur le front, tennis aux pieds ! Pas grave, un mot à un acteur qui joue aussi une silhouette et poignée de mains à votre serviteur, qui n'en espérait pas tant... Un honneur !
08 mars, 2008
Un monde de bulles, the verdict
Eh bien voilà, ma participation à l'émission de la chaîne Public Sénat consacrée à la BD est désormais effective... La séquence consacrée à votre serviteur est visible entre les minutes 21.55 et 25.45, soit presque quatre minutes sur plus d'une dizaine à l'enregistrement - c'est dans l'ordre des choses !
A noter dans l'émission la participation des charmantes Chloe Cruchaudet et Aude Picault, pour deux albums qui vont vraiment l'air bien.
L'émission était intitulée Dans l'Enfer du Rwanda et vous pouvez la voir sur ce site.
A noter dans l'émission la participation des charmantes Chloe Cruchaudet et Aude Picault, pour deux albums qui vont vraiment l'air bien.
L'émission était intitulée Dans l'Enfer du Rwanda et vous pouvez la voir sur ce site.
05 mars, 2008
J-7
Agréable surprise au courrier aujourd'hui : L'ultime Chimère (on m'a déjà posé la question : j'écris bien ce titre avec un "L" majuscule au début et un "u" minuscule à l'adjectif...) est arrivée ! A sept jours de la sortie officielle de l'album, nous disposons donc des premiers exemplaires et je dois dire que c'est un moment qui n'est pas anodin.
Un livre, c'est vrai, c'est comme un enfant qui naît. Un processus qui a besoin d'une maturation, d'une (pro)création, et d'un accouchement, qui mène donc à la naissance - ou à la sortie. On se sent forcément un peu nerveux, tout en étant content voire fier. On espère surtout que tout se passe bien à partir de là.
Je ne suis pas un auteur blasé, qui sort quinze livres par an. En presque vingt ans de carrière déjà dans la BD, Le Patient 1167 est mon 19e album. C'est surtout le premier en deux ans. Et c'est le premier d'une série de sept qui a tout de même quelque ambition artistico-commerciales.
Comme je suppose la plupart de mes éminents collègues scénaristes, je repasse en ce moment dans mon esprit toutes les étapes qui ont mené à ce que ce premier tome soit ce qu'il est. Telle scène est-elle bien amenée ? Tel dialogue est-il efficace ? Tel personnage est-il crédible ? Tel cadrage est-il le bon ? Bref, une litanie d'interrogations !
Je mettrai la semaine prochaine sur ce blog les annotations complètes de ce Tome 1. Vous devriez déjà apprendre certaines choses. Sachez en tout cas que L'ultime Chimère est un projet qui a été écrit sur pas mal d'années et qui reflète ma volonté de quelques choix (challenges ?) narratifs très précis : les tomes 1, 6 et 7 sont carrément des histoires dans l'histoire, le personnage principal réussit l'exploit de ne pas prononcer un seul mot dans le premier album, et nous nous concentrons avant tout sur les drames intimes des personnages et non sur une histoire biblico-mystique - contrairement à ce que le titre et le résumé de l'histoire peuvent suggérer. En fait, à plusieurs égards, j'ai voulu amener un traitement paradoxal.
L'histoire globale des Tomes 5 et 6 a été conçue il y a assez longtemps. C'est toujours je crois le passage qui me tient le plus à coeur. Je pense néanmoins que les autres tomes devraient être d'une lecture agréable, avec du rythme et des chemins pas forcément attendus. J'ai tout fait pour que le premier album ne soit pas perçu comme un "album de mise en place" (une réflexion à laquelle peu de séries échappent lorsqu'elles démarrent), mais je pense que je ne pourrai pas m'y soustraire... Je pense aussi qu'on m'accusera de surfer sur une vague d'ésotérisme, voire d'uchronie, et on n'aura pas totalement tort. Maintenant, je pense avoir suffisamment de personnalité pour avoir l'occasion de porter au loin une voix propre et originale et non une énième resucée des mêmes thèmes. On verra bien. J'attends avec impatience les premiers commentaires...
Enfin, je voudrais dire que j'ai trouvé chez Glénat des gens formidables, dynamiques et motivés, avec lesquels c'est un plaisir de travailler. Je suis honoré de faire désormais partie de la collection Grafica. Jacques, Franck, Jean, Sophie, Didier, Henri, Patrick, Olivier, Elise - merci à vous !
Un livre, c'est vrai, c'est comme un enfant qui naît. Un processus qui a besoin d'une maturation, d'une (pro)création, et d'un accouchement, qui mène donc à la naissance - ou à la sortie. On se sent forcément un peu nerveux, tout en étant content voire fier. On espère surtout que tout se passe bien à partir de là.
Je ne suis pas un auteur blasé, qui sort quinze livres par an. En presque vingt ans de carrière déjà dans la BD, Le Patient 1167 est mon 19e album. C'est surtout le premier en deux ans. Et c'est le premier d'une série de sept qui a tout de même quelque ambition artistico-commerciales.
Comme je suppose la plupart de mes éminents collègues scénaristes, je repasse en ce moment dans mon esprit toutes les étapes qui ont mené à ce que ce premier tome soit ce qu'il est. Telle scène est-elle bien amenée ? Tel dialogue est-il efficace ? Tel personnage est-il crédible ? Tel cadrage est-il le bon ? Bref, une litanie d'interrogations !
Je mettrai la semaine prochaine sur ce blog les annotations complètes de ce Tome 1. Vous devriez déjà apprendre certaines choses. Sachez en tout cas que L'ultime Chimère est un projet qui a été écrit sur pas mal d'années et qui reflète ma volonté de quelques choix (challenges ?) narratifs très précis : les tomes 1, 6 et 7 sont carrément des histoires dans l'histoire, le personnage principal réussit l'exploit de ne pas prononcer un seul mot dans le premier album, et nous nous concentrons avant tout sur les drames intimes des personnages et non sur une histoire biblico-mystique - contrairement à ce que le titre et le résumé de l'histoire peuvent suggérer. En fait, à plusieurs égards, j'ai voulu amener un traitement paradoxal.
L'histoire globale des Tomes 5 et 6 a été conçue il y a assez longtemps. C'est toujours je crois le passage qui me tient le plus à coeur. Je pense néanmoins que les autres tomes devraient être d'une lecture agréable, avec du rythme et des chemins pas forcément attendus. J'ai tout fait pour que le premier album ne soit pas perçu comme un "album de mise en place" (une réflexion à laquelle peu de séries échappent lorsqu'elles démarrent), mais je pense que je ne pourrai pas m'y soustraire... Je pense aussi qu'on m'accusera de surfer sur une vague d'ésotérisme, voire d'uchronie, et on n'aura pas totalement tort. Maintenant, je pense avoir suffisamment de personnalité pour avoir l'occasion de porter au loin une voix propre et originale et non une énième resucée des mêmes thèmes. On verra bien. J'attends avec impatience les premiers commentaires...
Enfin, je voudrais dire que j'ai trouvé chez Glénat des gens formidables, dynamiques et motivés, avec lesquels c'est un plaisir de travailler. Je suis honoré de faire désormais partie de la collection Grafica. Jacques, Franck, Jean, Sophie, Didier, Henri, Patrick, Olivier, Elise - merci à vous !
03 mars, 2008
Paris * *

de cedric klapish avec romain duris, juliette binoche, fabrice luchini, melanie laurent, albert dupontel
Paris... autour de pierre, malade du coeur et en sursis, aidé par sa soeur elise, la vie de Paris, joies et peines...
Klapish avec ses succès, son acteur fétiche (Duris), ses films dans l'air du temps, a forcément moins bonne presse qu'ill y a 15 ans, à l'époque du "Peril jeune". Et pourtant il faut un vrai talent pour réussir des films aussi différents, un classique comme "un air de famille", ainsi que la doublette "auberge espagnole / poupées russes" qui restera comme des Sautet ou des Truffaut à leur époque, d'un cinéma de son temps, du début des années 2000. On est ici assez loin de "chacun cherche son chat", il y a 12 ans... Inégal, même si globalement agréable. Le film choral est devenu un genre et pourquoi pas pour ce film centré sur une ville. Mais autant le "couple" Duris/Binoche apporte énormément, en profondeur, en émotion, en justesse, autant les autres histoires avancent plus difficilement, moins bien écrits clairement, ça manque de liant, ça avance par à coups, Luchini plutôt bien mais son amourette ne veut pas dire grand chose, les gars de Rungis survolés et on ne parle pas de l'émigré d"Afrique très brouillonné. Qui trop embrasse parfois... Il y a des scènes où on retrouve Klapish, son choix des musiques, une sorte de grâce, notamment quand Pierre revoit ses photos ou son film de spectacle, et la plupart des scènes de Binoche - étonnant comme cette actrice fait encore la différence, parmi ce casting. A côté de cela, et disons le de facon péjorative, il y a du scénario qui rappelle trop... Lelouch. On peut accepter que ce dernier en fasse trop, dans la dramatisation ou les coups de théâtre, mais pas trop de Klapish. Cela étant, on aime le quartier Gambetta / Pere Lachaise de Duris, en hiver (typiquement le genre de film qui doit foutre un gros spleen parisien quand on est à l'étranger). moins sur des détails comme le fait de faire une bande annonce sur une chanson tubesque de Keane qui n'est pas dans le film... Il manque ces plus que pouvaient être l'actrice Kelly Reilly et une chanson de Beth Gibbons dans "les poupées russes".
25 février, 2008
Marion, Abdellatif, Antoine, Matthieu, Claude et les autres...
Grand week-end cinéma avec les Césars et les Oscars groupés en 48 heures. Je n'ai évidemment pas veillé toute la nuit pour suivre le triomphe californien de la môme Cotillard (ce n'est quand même pas un GP d'Australie, hé ho), mais j'étais sûr qu'elle aurait la récompense suprême, qui semble effectivement méritée. J'ai plus apprécié La Môme (le film) pour son découpage et son atmosphère parfois à la limite du baroque, comme dans la scène du cauchemar où on croit comprendre que Piaf a bien eu un enfant qui est mort (ce qui est le cas). Sinon, le film se regarde, avec les limites du genre "biographique", mais ça se tient et il faudrait vraiment être mal embouché pour descendre le produit. Cotillard tenait un rôle à récompense, c'est clair, et elle a assuré - bien mieux que Evelyne Bouix dans Edith et Marcel il y a 25 ans chez Lelouch (pourtant, c'est bien l'un de mes Lelouch préférés !). Bravo donc à elle, mais j'attendrai d'en savoir un peu plus sur sa personnalité, qui ne me semble pas méga profonde, mais je peux me tromper.
Sinon, on a eu droit à notre lot de moments "à commenter" du côté de ces Césars : La Graine et le Mulet a donc coiffé tout le monde ou presque au poteau, une grande habitude des Césars avec un film sorti en décembre de l'année précédente. On n'a pas trop compris la saille d'Abdellatif Kechiche sur France 2 Cinéma, mais ça devait l'avoir gavé grave pour qu'il en remette cinq couches successives sous l'oeil d'un Patrick De Carolis qu'on avait presque envie de plaindre pour une fois... Sinon, on a trouvé l'humour de De Caunes plutôt toujours aussi ravageur et impertinent (tant mieux), sauf peut-être côté mime Marceau et cigarettes (ceux qui ont vue la cérémonie me comprendront peut-être). On a bien aimé le texte de Matthieu Amalric, même s'il apparaît qu'il a été "écourté" - il y avait un vrai style original. Dommage peut-être qu'il ait un César pour un rôle "à récompense", on ne va pas le lui reprocher, mais bon, je suis persuadé que ça n'a pas été la plus difficile composition de sa carrière.
Sinon, on a failli voir Claude Berri se gauffrer en direct... Il commence à se faire vieux, mais il sait se positionner le bougre. Pas comme son fils, apparemment, dont on vous livre la chronique du Astérix ci-dessous... Et puis, pour conclure, petit hommage à Rochefort : on est décidément toujours aussi fan de son côté pince sans rire, décalé, le voir passer avec un chien en laisse sur la scène sans deserrer la machoire m'a bien fait rire sans que je sache pourquoi... Une forme de génie, sans aucun doute.

de frédéric forrestier et thomas langmann avec benoit poelvorde, clovis cornillac, gerard depardieu, alain delon
alafolix, le gaulois, doit gagner les JO pour vivre avec la princesse grecque Irina. Mais Brutus, le fils de César est aussi sur les rangs...
Quoi ? quoi ? quoi ? Ca pose problème à quelqu'un dans la salle ? C'est ainsi, ça va être le ou l'un des plus gros succès de l'année -quoique il a intérêt à cravacher pendant les vacances, y'a comme une justice-, alors faut voir sur pièces. Et puis quand on s'est infligé "les bronzés 3", on se sent invulnérable. Et tant qu'à faire, autant faire tout bien comme il faut, séance aux Halles (argh), un samedi aprème de vacances scolaires (re-argh) et avec une salle pleine de morveux crétins avec pop corn (bref, le public des Halles). Que dire en fait, à part le nombre de chouingues gomme consommés pour ne pas s'endormir ? On s'emmerde, profondément, c'est tout. Moins l'impression d'arnaque que les Bronzés. Mais un film qui vise très large, les gamins en dessous de 10 surtout. Et qui tourne à vide presque en permanence. On sauvera 2/3 gags de la BD et les appartés des romains qui semblent viser la niche des spectateurs au dessus de 15 ans. Passent encore les scènes d'action, sans surprise, les effets spéciaux habituels qui donnent l'impression de ne rien vraiment voir en fait. Mais le pire, le pathétique parfois se retrouve dans d'incroyables scènes de remplissage, sans l'ombre d'un intéret, pas dans la BD bien sûr. Comme celle du miroir de César, presque 10 mn pour arriver à une apparition de Danny Brillant.. Incroyable en fait, comme scène ! Sur la saga Astérix, Chabat, avec le 2, avait fait le maximum. Pas génial mais avec son talent comique, c'était le mieux pour adapter une BD... pas adaptable. Alors sans talent comique, on touche le fond, forcément. Et pourtant c'est une des meilleures histoires, celle de l'éternel "les sangliers ont du bouffer des cochoneries", dans les tribunes des JO, trop fin pour un tel film. les réalisateurs doivent savoir qu'ils rament, la fête de la fin n'ayant que pour seul but de maximiser les stars (la triplette Debouze / Zidane / Parker) pour sauver ce qui reste à sauver. Cornillac est bien sûr mieux que Clavier mais il a l'air aussi peu concerné, comme endormi, idem Depardieu et comme dans la précédent, ils passent les plats, au profit de Poelvorde qui fait ce qu'il fait quand le role n'est pas écrit, il cabotine et ne fait pas tellement rire. Omniprésent, tant quà choisir, on reprend du Debouze. Finalement Delon est pas si mal. Mais la concurrence est faible. il y a quand meme un festival de très très mauvaises compositions (elie semoun ! jean todt : sim ! - oui il est encore vivant, ça fait au moins une chose qu'on aura appris...)
Sinon, on a eu droit à notre lot de moments "à commenter" du côté de ces Césars : La Graine et le Mulet a donc coiffé tout le monde ou presque au poteau, une grande habitude des Césars avec un film sorti en décembre de l'année précédente. On n'a pas trop compris la saille d'Abdellatif Kechiche sur France 2 Cinéma, mais ça devait l'avoir gavé grave pour qu'il en remette cinq couches successives sous l'oeil d'un Patrick De Carolis qu'on avait presque envie de plaindre pour une fois... Sinon, on a trouvé l'humour de De Caunes plutôt toujours aussi ravageur et impertinent (tant mieux), sauf peut-être côté mime Marceau et cigarettes (ceux qui ont vue la cérémonie me comprendront peut-être). On a bien aimé le texte de Matthieu Amalric, même s'il apparaît qu'il a été "écourté" - il y avait un vrai style original. Dommage peut-être qu'il ait un César pour un rôle "à récompense", on ne va pas le lui reprocher, mais bon, je suis persuadé que ça n'a pas été la plus difficile composition de sa carrière.
Sinon, on a failli voir Claude Berri se gauffrer en direct... Il commence à se faire vieux, mais il sait se positionner le bougre. Pas comme son fils, apparemment, dont on vous livre la chronique du Astérix ci-dessous... Et puis, pour conclure, petit hommage à Rochefort : on est décidément toujours aussi fan de son côté pince sans rire, décalé, le voir passer avec un chien en laisse sur la scène sans deserrer la machoire m'a bien fait rire sans que je sache pourquoi... Une forme de génie, sans aucun doute.

de frédéric forrestier et thomas langmann avec benoit poelvorde, clovis cornillac, gerard depardieu, alain delon
alafolix, le gaulois, doit gagner les JO pour vivre avec la princesse grecque Irina. Mais Brutus, le fils de César est aussi sur les rangs...
Quoi ? quoi ? quoi ? Ca pose problème à quelqu'un dans la salle ? C'est ainsi, ça va être le ou l'un des plus gros succès de l'année -quoique il a intérêt à cravacher pendant les vacances, y'a comme une justice-, alors faut voir sur pièces. Et puis quand on s'est infligé "les bronzés 3", on se sent invulnérable. Et tant qu'à faire, autant faire tout bien comme il faut, séance aux Halles (argh), un samedi aprème de vacances scolaires (re-argh) et avec une salle pleine de morveux crétins avec pop corn (bref, le public des Halles). Que dire en fait, à part le nombre de chouingues gomme consommés pour ne pas s'endormir ? On s'emmerde, profondément, c'est tout. Moins l'impression d'arnaque que les Bronzés. Mais un film qui vise très large, les gamins en dessous de 10 surtout. Et qui tourne à vide presque en permanence. On sauvera 2/3 gags de la BD et les appartés des romains qui semblent viser la niche des spectateurs au dessus de 15 ans. Passent encore les scènes d'action, sans surprise, les effets spéciaux habituels qui donnent l'impression de ne rien vraiment voir en fait. Mais le pire, le pathétique parfois se retrouve dans d'incroyables scènes de remplissage, sans l'ombre d'un intéret, pas dans la BD bien sûr. Comme celle du miroir de César, presque 10 mn pour arriver à une apparition de Danny Brillant.. Incroyable en fait, comme scène ! Sur la saga Astérix, Chabat, avec le 2, avait fait le maximum. Pas génial mais avec son talent comique, c'était le mieux pour adapter une BD... pas adaptable. Alors sans talent comique, on touche le fond, forcément. Et pourtant c'est une des meilleures histoires, celle de l'éternel "les sangliers ont du bouffer des cochoneries", dans les tribunes des JO, trop fin pour un tel film. les réalisateurs doivent savoir qu'ils rament, la fête de la fin n'ayant que pour seul but de maximiser les stars (la triplette Debouze / Zidane / Parker) pour sauver ce qui reste à sauver. Cornillac est bien sûr mieux que Clavier mais il a l'air aussi peu concerné, comme endormi, idem Depardieu et comme dans la précédent, ils passent les plats, au profit de Poelvorde qui fait ce qu'il fait quand le role n'est pas écrit, il cabotine et ne fait pas tellement rire. Omniprésent, tant quà choisir, on reprend du Debouze. Finalement Delon est pas si mal. Mais la concurrence est faible. il y a quand meme un festival de très très mauvaises compositions (elie semoun ! jean todt : sim ! - oui il est encore vivant, ça fait au moins une chose qu'on aura appris...)
19 février, 2008
Lost, saison 4

Vous ai-je déjà dit que j'étais fan de Lost ? Eh bien oui, j'avoue que c'est pour moi la meilleure série télé depuis Six Feet Under, et sans aucun doute une de mes trois préférées de tous les temps (les autres étant donc Six Feet Under et Le Prisonnier). Je vois d'ailleurs pas mal d'analogie entre Le Prisonnier et Lost, moins finalement dans le contenant (un lieu fermé, duquel on ne peut partir) que dans le contenu (avec des éléments clairement fantastiques).
Je suis en train de suivre, comme tous les passionnés, les épisodes de la saison 4, via le site VOD de TF1 (1,99 euros l'épisode, il faut avouer que c'est honnête même si ça me fait ch... de donner de leur donner de l'argent). On est de plus en plus perdus entre les allers-retours entre présent/passé/avenir et toutes les hypothèses qui viennent à l'esprit, mais ça fait partie du charme. Tant pis si je suis laissé dans l'inconnu, j'aime ce côté feuilleton et cette ambiance incroyable, quitte à attendre encore deux ans pour avoir quelques réponses ! Si jamais il y en a, car il n'y aura rien de pire qu'une sorte de justification tarabiscotée de tous les éléments - il vaudra mieux, alors, laisser une part de mystère insoluble...
En tout cas, Lost est pour moi, pour l'instant, le seul travail scénaristique, tous médias confondus, qui semble à ce point complétement dingue et envisagé dans sa globalité. On a même du mal à croire qu'ils ont pu à ce point anticiper les événements et la logique globale de la série mais force est de constater que ça marche et qu'on n'a pas encore d'incohérence dans l'incohérence... Je dis souvent qu'un scénario fantastique est réussi à partir du moment où il est vraisemblable dans l'invraisemblable. Ce qui n'est pas forcément facile à faire ! Là, c'est le cas et je reste confondu par autant de pistes qui s'ouvrent et le travail que cela représente que de les avoir seulement imaginées...
Bref, je me rends compte aussi que des méga-fans vont jusqu'à créer des blogs entier pour expliquer quelle est leur théorie à propos de Lost... Je les admire quelque part, mais moi je me laisse faire, c'est décidé. Il semble bien qu'on revienne à une notion de voyage dans le temps, et si vraiment c'était ça, alors je suis curieux de voir jusqu'où ils vont pouvoir aller...
No Country For Old Men *

de joel et ethan coen avec javier bardem, josh brolin, tommy lee jones, kelly mc donald
Texas, un cow boy récupère par hasard un magot dans le désert. un tueur fou le poursuit. Et un sheriff fatigué les suit.
Il faut dire les choses comme elles le sont surement. Ce film des frères Coen qui est plutot célébré par la critique, sans compter quelques récompenses, a fait l'évènement à sa sortie, attire du monde mais il va décevoir une bonne partie des spectateurs, au mieux on dira qu'ils sont décontenancés, au pire bien emmerdés. Alors soyons sévères et directs, on peut l'être au vu de leur carrière plutot unique et la pelletée de grands films en tous genres qu'ils ont fait depuis plus de 20 ans et admettre que ce film est décevant, voire très décevant. En toute subjectivité, bien sûr, mais c'est le but. Sentiment que cela ne démarre jamais, qu'il y a de quoi voir sur l"écran parce que le talent de mise en scène est là, du haut niveau, ils ne perdent pas la main, belle brochette d'acteurs, une ambiance, un style mais ça n'accroche pas, on reste vaguement indifférents à tout ce qui se passe, ce n'est ni violent trash comme il pourrait l'être, ni drole comme savent l'être les Coen, pas de suspens, pas de tensions, pas d'ironie à la "Fargo", pas d'évidence du film noir comme "Blood simple", juste un bel exercice de style qui tourne rapidement à vide, pendant 2 heures en fait. Alors la vérité doit se cacher dans le roman adapté, faussement film de poursuite et d'action. Vu l'ennui dégagé on supposera que cette adaptation ne passe pas l'écran. On retiendra la tronche de Bardem, sa coiffure, mais rien de mémorable comme d'autres films de la tribu US Coen, Sodenbergh, Tarentino et cie.
Un monde de bulles

J'ai été invité hier à participer à l'émission Un Monde de Bulles, diffusée tous les vendredis soir (en première diffusion) sur Public Sénat. Je suis intervenu (une bonne dizaine de minutes tout de même, on verra si l'intégralité a été conservée au montage...) dans le cadre de la sortie de L'ultime Chimère, of course. Plusieurs autres auteurs Glénat étaient là, notamment Aude Picault (charmante) qui sort très bientôt Eva. On va donc guetter la diffusion de l'émission, en attendant vous pouvez toujours aller voir le site consacré à Un Monde de Bulles, animée par Jean-Philippe Lefèvre, car il est normal de féliciter une initiative qui vise à parler de BD à la télévision !
http://www.unmondedebulles.com/
18 février, 2008
Juno * * *

de jason reitman, avec ellen paige, michael cera, jennifer garner, jason bateman
USA, Juno, 16 ans tombe enceinte, de son jeune copain, un peu par hasard. Elle décide de le garder et de le confier à un couple d'adoption. Grande gueule et volontairement différente des ados qui l'entoure, elle essaye de vivre une grossesse sans trop de soucis, elle se lie d'amitié avec le mari adoptant.
En dehors des nominations aux Oscar parmi de "gros films", le potentiel attraction / charme de "Juno" rappelle forcément "little miss sunshine", histoire du quotidien plutot familial US, avec un gros fond de gravité mais traité avec le plus de légéreté, humour, et dérision. Un peu le cocktail idéal des films américains de ces dernières années, un bon réalisateur indépendant, intelligent, fin, un sujet simple et un thème autour de l'adolescence, sans doute le sujet le mieux traité dans le ciné indé US, les exemples de splendides réussites ne manquent pas ("donnie darko", "mean creek", "virgin suicides", "mysterirous skin", etc). Il faut trouver le bon dosage dans ces comédies indés, ne pas faire trop intello / malin sinon on tombe dans l'insupportable prétention d'un "stotytelling" de todd solonz. Et échapper à la niaiserie qui guette. Reitman réussit parfaitement, à la fois drôle, très bien dialogué et touchant. Il rit de ses personnages, mais sans charger, la preuve avec la mère adoptante - Garner - qui n'est pas si ridicule et le petit copain, qui est sincèrement attachant malgré ses allures immatures, on comprend Juno. Et un excellent personnage, le mari, dont une sorte d''"immaturité adulte" (ça veut rien dire, oui..), avec ses disques de sonic youth, ses films d'horreur, ses guitares, le rapprochent de Juno, trop mature pour son age. Le seul bémol -et le principal atout du film- serait le personnage de Juno. Sens de la répartie, ironie sur ce qu'elle vit et elle meme (elle fait voix off), une actrice étonnante, c'est le moteur du film. Mais aussi agacante à force d'être si "cool", on en a croisé des comme ça, brillantes, mais qui en deviennent têtes à claques... parfois elle en fait un peu trop, ça va un peu loin et ça se rapproche du "film trop malin" (cf avec le mari et leurs dialogues sur la musique). Mais l'armure se lézarde et elle est soudain désemparée, moins sûre d'elle, et le film prend plus d'ampleur. Une bande son folkie finalement sans surprise (Belle & Sebastian, CatPower..) mais qui colle bien. Peut-être un film à ne pas prendre pour plus que ce qu'il est, ne pas le surestimer, il en aura d'autant plus de valeur.
15 février, 2008
A propos d'une sélection des Inrocks...
Est récemment sorti un hors-série des Inrocks consacré à 100 albums BD indispensables. Louable effort, dont je suis par ailleurs adepte, cultivant avec certains le goût des classements et autres listings en tout genre. Mes parents seraient là, ils vous diraient que j'ai passé ma jeunesse "à faire des listes"... Donc, j'aime l'exercice et je me suis bien sûr procuré ce hors-série. Ils classent en n°1 Jimmy Corrigan de Chris Ware, que j'ai essayé de lire en entier sans y parvenir, je vous rassure. Je suis néanmoins assez admiratif de ce que représente Ware, qui est d'une exigence assez incroyable à son niveau.
Je me suis forcément demandé ce que je mettrais dans une sélection de 100 BD indispensables... Il y aurait d'abord, forcément, tous les albums que j'ai élu, ces dernières années (depuis 1979 à vrai dire) comme étant "ma bd de l'année". Je vous laisse parcourir cette liste que j'avais actualisée dans un post du 17 janvier 2007. Je rajouterais forcément plusieurs Tintin, qui sont évidemment des chefs-d'oeuvre absolus : Tintin au Tibet, Coke en Stock, On a marché sur La Lune, Les Sept Boules de Cristal, Le Temple du Soleil et L'Affaire Tournesol. Côté Astérix, je sors Astérix en Corse et Astérix chez les Bretons. Pour Lucky Luke : Le 20e de Cavalerie, Le Pied-Tendre, Tortilla pour les Dalton. Alix : Le dernier Spartiate, un véritable monument. Toujours chez Jacques Martin, j'ajouterais Le Repaire du Loup (Lefranc). Blake et Mortimer : La Marque jaune, pour l'atmosphère de Londres. Tanguy et Laverdure : le diptyque L'Ecole des Aigles et Pour l'Honneur des Cocardes, superbe histoire d'honneur. Valérian : peut-être L'Empire des Mille Planètes, en tout cas un des premiers albums. Pareil pour Le Vagabond des Limbes : Les Démons du Temps immobile et Pour trois Graines d'Eternité. Thorgal : La Magicienne trahie, le tout premier. Spirou : Le Nid des Marsupilamis, intemporel. Voilà pour quelques grandes séries qui me viennent spontanément à l'esprit...
Côté albums plus individuels : Idées Noires de Franquin, La Ballade de la Mer Salée de Pratt, Les Phalanges de l'Ordre Noir de Christin et Bilal, voire Partie de Chasse. Gotlib : Rubrique à Brac T3-5, génial. Sans doute un des premiers Gai-Luron. Blonde Platine d'Adrian Tomine. Lauzier : La Course du Rat et La Tête dans le sac, jubilatoires. Et puis bien sûr Andreas : les deux premiers Rork (Fragments et Passages), plus Coutoo, Cyrus/Mil et Cromwell Stone.
Voilà, je vais m'arrêter là pour l'instant, mais j'en oublie certainement beaucoup...
Je me suis forcément demandé ce que je mettrais dans une sélection de 100 BD indispensables... Il y aurait d'abord, forcément, tous les albums que j'ai élu, ces dernières années (depuis 1979 à vrai dire) comme étant "ma bd de l'année". Je vous laisse parcourir cette liste que j'avais actualisée dans un post du 17 janvier 2007. Je rajouterais forcément plusieurs Tintin, qui sont évidemment des chefs-d'oeuvre absolus : Tintin au Tibet, Coke en Stock, On a marché sur La Lune, Les Sept Boules de Cristal, Le Temple du Soleil et L'Affaire Tournesol. Côté Astérix, je sors Astérix en Corse et Astérix chez les Bretons. Pour Lucky Luke : Le 20e de Cavalerie, Le Pied-Tendre, Tortilla pour les Dalton. Alix : Le dernier Spartiate, un véritable monument. Toujours chez Jacques Martin, j'ajouterais Le Repaire du Loup (Lefranc). Blake et Mortimer : La Marque jaune, pour l'atmosphère de Londres. Tanguy et Laverdure : le diptyque L'Ecole des Aigles et Pour l'Honneur des Cocardes, superbe histoire d'honneur. Valérian : peut-être L'Empire des Mille Planètes, en tout cas un des premiers albums. Pareil pour Le Vagabond des Limbes : Les Démons du Temps immobile et Pour trois Graines d'Eternité. Thorgal : La Magicienne trahie, le tout premier. Spirou : Le Nid des Marsupilamis, intemporel. Voilà pour quelques grandes séries qui me viennent spontanément à l'esprit...
Côté albums plus individuels : Idées Noires de Franquin, La Ballade de la Mer Salée de Pratt, Les Phalanges de l'Ordre Noir de Christin et Bilal, voire Partie de Chasse. Gotlib : Rubrique à Brac T3-5, génial. Sans doute un des premiers Gai-Luron. Blonde Platine d'Adrian Tomine. Lauzier : La Course du Rat et La Tête dans le sac, jubilatoires. Et puis bien sûr Andreas : les deux premiers Rork (Fragments et Passages), plus Coutoo, Cyrus/Mil et Cromwell Stone.
Voilà, je vais m'arrêter là pour l'instant, mais j'en oublie certainement beaucoup...
11 février, 2008
Sweeney Todd * * *

de tim burton avec johnny depp, helena bonham carter, alan rickman, timothy spall
Londres, 19eme, un barbie revient en ville exercer, sous le nom de Sweeney Todd, il cherche revanche contre l'homme qui l'a fait fuir injustement, quittant sa femme et leur bébé
Reconnaissons qu'il faut un certain temps avant de rentrer dans ce film. Sans doute parce que cet univers de Tim Burton devient presque trop familier, rappelant à l'évidence des "Sleepy Hollow", "Noces funèbres", ou autres, sans oublier toutes les références que l'on trouvera à ces ambiances sombres, sales et inquiétantes de villes du 19eme, en tournage studio et pas mal d'effets visuels, comme "La Cité des Enfants perdus" de Jeunet, auquel on pense souvent. le temps aussi de s'habituer aux nombreux passages de "musical". Pas par rejet, il y a eu de très belles réussites du genre, ces dernières années, "Moulin Rouge", par exemple, mais parce que les morceaux et orchestration de Stephen Sondheim sont assez typés de ce genre de film, grosse orchestration, parfois vraiment trop, trop attendu. On est surtout devenu un peu blasé face au talent de Burton, car il n'y a pas une faute de mise en scène, c'est du très grand ouvrage, impeccable à tous points de vue. Le vrai intérêt revient quand le scénario tourne au macabre, que Todd manifeste toute sa noirceur, que Burton en rajoute dans le glauque de presque tous les personnages, où les gueules typiquement british et lâches des grands Spall et Rickmanqui fait de plus en plus penser à Francois Berleand... si, si) ricanent et grimancent. Ca dégouline de sang bien gentiment sur la fin, vraiment pas porté sur le happy end, ce qui emporte clairement le morceau, Burton est toujours un type à part, dans un univers qu'on commence à bien connaitre mais toujours aussi talentueux, et prenant toujours autant de risques, la petite chambrée de l'ugc Danton tendant à prouver que ça s'est un peu planté pour la fréquentation. Et sa bande rapprochée, Helena et Johnny font plaisir à voir, étonnant comme ce trio semble soudé, malgré la popularité. Grande, très grande interprétation de Depp, plus dans le physique et le jeu torturé que d'habitude encore.
06 février, 2008
29 janvier, 2008
Mon aBcDaire (1)
J'entame aujourd'hui la publication de ce que j'appelle donc Mon aBcDaire -faute de mieux- : réflexions autour de la BD, de ce que représente ce moyen d'expression, son poids, ses codes, ses séries, ses héros, mes impressions de lecture, mes avis... Une sorte de journal autour de la bande dessinée, sans prétendre avoir une connaissance universelle du médium et encore moins d'avoir tout lu ! On commence avec un super héros que tout le monde connait...

BATMAN
Lorsque j’étais plus jeune, et au moment où je me suis "éveillé" aux super-héros, Batman manquait cruellement de super-pouvoirs pour m’intéresser complétement. Après tout, il est vrai qu’il ne s’agit que d’un certain Bruce Wayne qui se déguise la nuit en chauve-souris pour aller chasser les malfaiteurs ; même s’il est très fort, il n’y a rien de fondamentalement spectaculaire là-dedans. De plus, je crois me souvenir que le graphisme en vigueur pour ce personnage dans les années 70 n’était pas formidable, mais il se peut que les exégètes me contredisent sur ce point. En tout cas, aucune case ne m'avait marqué, ce qui est pourtant toujours le cas des oeuvres fortes. Je reviendrai d'ailleurs souvent sur ce thème dans cet aBcDaire : le pouvoir des cases et leur influence sur tout un imaginaire.
Aujourd’hui, la situation a changé en tout cas, et Batman est devenu depuis assez longtemps déjà mon super-héros préféré. J’avoue que j'ai été un peu comme tout le monde : les albums de Frank Miller l’ont revitalisé à mes yeux et les films (notamment les deux premiers, réalisés par Tim Burton) ont fait le reste. Batman est devenu un mythe et c’est précisément sa dimension humaine, que je regrettais étant enfant, qui en fait sa richesse.
Pour ce qui est du cinéma, je me souviens que le premier Batman a vraiment été un événement. Tim Burton, Jack Nicholson, Michael Keaton, Kim Basinger… casting royal en cette année 1989 ! Rajoutons également la légendaire BO de Prince (avec plusieurs titres imparables, dont un chef-d’œuvre : Scandalous) et des décors somptueux – bref, un sacré bon souvenir. Ce fut même encore mieux deux ans plus tard avec Batman le Défi, même s’il n’y avait plus Prince côté musique. En revanche, comme beaucoup, je pense que ce fut moins bien après, mais je n’ai pas manqué d’aller voir Batman Forever (le moins bon de la série) et Batman & Robin, qui ne m’a pas semblé si mal après tout. Vu dans un avion, Batman Begins m’a paru excellent, mais le décalage horaire a eu raison de moi, et je n’ai pas vu le dernier quart d’heure ! Je me souviens en tout cas très bien de la voix en VO de Batman lorsqu'il est masqué et en action - un timbre extraordinaire.
Côté BD, la renaissance de Batman est intervenu au milieu des années 80 en la personne de Frank Miller. J’ai été marqué par son utilisation dans The Dark Knight Returns (Miller avec Janson & Varley, DC) des écrans de télévision comme sources d’informations – au sens propre car ce sont des cases à part entière, et au sens figuré car ce sont précisément des bulletin de news que l’on voit. Le découpage était très fort, avec beaucoup de voix intérieures, le propre même des graphic novels. Néanmoins, je trouvais le dessin à peine assez réaliste pour un Batman et je n’ai pas aimé l’intervention de Superman à la fin. Bon sang, Batman doit se suffire à lui seul ! Tout a été corrigé ensuite avec Batman : Year One (Miller avec Mazzuchelli & Lewis, DC) où là, on atteint le chef-d’oeuvre. Narration un poil plus sobre, dessins plus sombres, action centrée autour de la naissance du personnage – un classique, la base de tout récit moderne de l’homme chauve-souris. Tellement influencé par cette oeuvre, j’ai même réussi à faire apparaître Batman dans ce qui a été mon deuxième album de BD (Spartakus, Fatal Carnaval – avec Michel Valdman, Dargaud, 1994) ! Et quitte à en remettre une couche, j’ai de nouveau fait appel à Batman dans Mongo le Magnifique, Une Affaire de Sorciers T1 (avec Roger Mason, EP Editions, 2004) lorsque je le fais intervenir en rêve – précisément quand Mongo (un détective privé nain, mais au QI phénoménal) se fait mordre par une chauve-souris enragée. L’occasion était trop belle et je me souviens de la joie de Roger lorsque je lui ai annoncé qu’il allait pouvoir dessiner Batman ! Comme quoi, cet homme qui n’est pas un super-héros, mais un héros tout court, suscite bien des convoitises. Je finirai ces souvenirs personnels en rappelant que j’ai également dédié le T3 de ma série Hauteclaire (Le Reflet des Lames, avec Benoit Lacou, EP Editions, 2004) à Bob Kane, « pour son oeuvre et son personnage majeur ». Il y a vraiment des influences qu’on ne pourra jamais renier.
Bruce Wayne, enfant de riches, voit ses parents assassinés sous ses yeux : histoire simple et forte, tragique et intemporelle. De ce drame originel va donc naître sa vocation de se venger, de traquer les assassins, les voleurs et les « méchants » de tout poil. Il ne faut pas chercher plus loin les clefs du succès – la quête d’un enfant devenu adulte mais qui n’oubliera jamais sa cicactrice juvénile et qui ne parviendra pas à totalement maitriser son immense tristesse rageuse est assurément poignante et universelle.
Le coup de génie vient pourtant, selon moi, ensuite : dans le costume. Le masque avec les deux oreilles stylisées, les longs gants, les bottes montantes et surtout la cape - ce n’était pas évident de partir d’un animal aussi repoussant (la chauve- souris) pour arriver à un héros aussi charismatique. Bob Kane peut être remercié éternellement, même si le charme actuel vient avant tout d’un certain relookage du costume, précisément, beaucoup plus agressif et « cuir » que l’original. On ne se lasse pas, en tout cas, de voir des dessins de Batman contemplant la nuit le décor baroque de sa ville, Gotham, avec sa longue cape tombant dans le vide... Il y a là une certaine facilité, peut-être, dans le concept, volontiers démonstratif et posé, mais la recette fonctionne et on est forcément impressionné par ce genre d’image. Alors, ne boudons pas notre plaisir.
Pendant les années 90, j’ai acheté beaucoup de recueils de Batman parus chez DC. Il faut dire que cet éditeur avait flairé le filon et on ne comptait plus les sorties, plus sensationnelles les unes que les autres. J’étais –et je suis toujours- fasciné de voir comment l’éditeur historique avait morcelé l’oeuvre pour la décliner en autant de divisions et sous-divisions. Chacun avait sa part du gâteau, et il y en avait pour tous les goûts. Mais le plus fort est que l’édifice global tenait debout. Ca partait dans tous les sens mais aucun scénariste ne faisait s’effondrer la batmaison. Je me suis souvent demandé pourquoi Dargaud n’avait pas eu l’idée d’exploiter encore plus le mythe Blake & Mortimer de cette façon. Avec Batman, on avait la preuve que c’était possible : des équipes différentes et talentueuses pouvaient travailler en même temps, avec chacun sa patte et son respect de quelques règles sacrées (par exemple : les parents de Bruce Wayne sont bien morts assassinés sous ses yeux) mais avec une idée de carte blanche pour chaque projet. Je pense à Blake & Mortimer parce que c’est le dernier exemple d’une résurrection franco-belge en forme d’événement. Plutôt que de sortir des ersatz de Jacobs, on aurait pu –dû- dynamiser et moderniser les personnages en multipliant les collaborations et les cadres des récits. Une série mère, d’accord, mais des séries parallèles plus nombreuses... Du coup, diversité, intérêt, renouvellement.
Mais revenons à ces albums américains de Batman. Le plus célèbre est sans doute le Killing Joke, scénarisé par Alan Moore et dessiné par Brian Bolland. Les deux premières pages sont fabuleuses : Batman arrive à l’asile d’Arkham, pour rencontrer le Joker, et il n’y a aucune bulle. Juste la présence de ce personnage instantanément densifié. Très fort. Ensuite, le récit est centré sur le Joker, et c’est là que j’accroche moins, dans le sens où je ne suis pas fan du Joker, de ses élucubrations, de son visage, de sa folie – qui me lasse un peu. Mais on parle ici de forme, car dans le fond, l’idée est extraordinaire. Profiter d’un album de Batman pour s’intéresser au Joker (et à sa duplicité avec Batman), c’est justement profiter des libertés narratives offertes par DC et que Moore a aussitôt comprises et surtout détournées. Et voilà comment on revisite, réinvente et reconstruit un personnage sur lequel on pensait avoir tout dit. Je le répète : laisser un mythe aux mains de quelques créateurs peut s’avérer formidable.
Dans la même veine, on citera l’hypnotique Arkham Asylum d’un duo fameux : Grant Morrison et Dave McKean. McKean illustrant Batman ? Stop the press ! La promesse assurée du grandiose. Eh bien non. Evidemment, il y a des images exceptionnelles, un sens de l’illustration poussée à son paroxysme, mais à mon avis, Batman est en partie raté. La faute à une cape mal fichue, avec des sortes de revers sur le dessus qui font l’effet de cheveux frisés sur le costume. Un détail peut-être, mais qui enlève une partie de l’imaginaire de Batman. Où est la dimension du personnage si sa cape n’est pas impressionnante ? Je suppose que McKean pourrait s’expliquer des heures et justifier sans problèmes ses choix figuratifs (qui confinent vraiment au génie), mais je serai toujours désolé de m’arrêter à cette petite constatation. Il faut de toute façon avouer que la lecture de ce livre torturé et littéralement expérimental n’est pas aisée.
Du même Morrison, on peut préférer Gothic (avec Janson) ; une histoire de nouveau horrifique mais où le mythe de Faust est revisité avec astuce dans le cadre de Gotham. C’est pourtant une visite que fait Batman dans un château abandonné autrichien qui reste en mémoire.
Parfois, on tombe dans le n’importe quoi et on n’échappe pas au grand ramasse-miettes de la création, pardon : de la récupération. Batman & Dracula : Red Rain (Moench, Jones, Jones III & Dorscheid), Batman Aliens (Marz & Wrightson) –oui, oui, Batman affronte les Aliens du film de Cameron !- ou encore Batman : The Abduction (Grant, Breyfogle & Hodgkins) où il fallait bien qu’on parle un jour d’extraterrestres. Même Spawn Batman (signé pourtant par un tandem à faire pâlir, McFarlane et Miller en personne) n’échappe pas au ridicule.
En fait, il faut être plus malin et carrément partir vers de nouvelles voies. C’est ce qu’a bien compris l’équipe composée d’Augustyn, Mignola (le créateur de Hellboy, crédité à l’époque sous son prénom complet « Michael » et non « Mike »), Craig Russell et Hornung dans : Gotham by Gaslight, une histoire annoncée comme « alternative » à Batman. Comme son titre l’indique, l’action se passe dans un Gotham du passé, au XIXe siècle, quand les rues étaient encore éclairées au gaz et non à l’électricité. Dans ce Gotham règne un certain Jack l’Eventreur, qui n’est pas pour rien dans l’assassinat des parents Wayne. Là encore, on ratisse large mais l’histoire est réellement fascinante et l’atmosphère de ce mélange de Gotham et de Londres frappe les esprits. Une réussite d’autant plus remarquable qu’il y avait tous les ingrédients pour se fourvoyer. Même le costume à l’ancienne de Batman est superbe. Le succès de cet album fut tel qu’une collection baptisée Elseworlds fut créée par DC : le principe était bien d’y retrouver les héros dans « d’autres mondes » que le leur. Hélas pour le scénariste Brian Augustyn, son Master of the Future n’avait pas la même implacabilité que Gotham by Gaslight. En revanche, Batman/Houdini : The Devil’s Workshop (Chaykin, Moore & Chiarello) était une réussite incontestable, avec l’introduction excellente d’un personnage réel, à fort pouvoir scénaristique : le magicien et l’illusionniste Harry Houdini.
En illustration pure, mention spéciale à The Chalice (Dixon & Van Fleet) et Castle of the Bat (Harris & Hampton).
Le dernier Batman américain que j’ai acheté est Hush (Loeb, Lee & Williams), mais dès que je vois des monstres grand-guignolesques, je fuis. C’était le cas. Et puis, si je vénère Batman, je trouve toujours que les autres héros qui l’accompagnent (Catwoman, Robin) sont inutiles.

BATMAN
Lorsque j’étais plus jeune, et au moment où je me suis "éveillé" aux super-héros, Batman manquait cruellement de super-pouvoirs pour m’intéresser complétement. Après tout, il est vrai qu’il ne s’agit que d’un certain Bruce Wayne qui se déguise la nuit en chauve-souris pour aller chasser les malfaiteurs ; même s’il est très fort, il n’y a rien de fondamentalement spectaculaire là-dedans. De plus, je crois me souvenir que le graphisme en vigueur pour ce personnage dans les années 70 n’était pas formidable, mais il se peut que les exégètes me contredisent sur ce point. En tout cas, aucune case ne m'avait marqué, ce qui est pourtant toujours le cas des oeuvres fortes. Je reviendrai d'ailleurs souvent sur ce thème dans cet aBcDaire : le pouvoir des cases et leur influence sur tout un imaginaire.
Aujourd’hui, la situation a changé en tout cas, et Batman est devenu depuis assez longtemps déjà mon super-héros préféré. J’avoue que j'ai été un peu comme tout le monde : les albums de Frank Miller l’ont revitalisé à mes yeux et les films (notamment les deux premiers, réalisés par Tim Burton) ont fait le reste. Batman est devenu un mythe et c’est précisément sa dimension humaine, que je regrettais étant enfant, qui en fait sa richesse.
Pour ce qui est du cinéma, je me souviens que le premier Batman a vraiment été un événement. Tim Burton, Jack Nicholson, Michael Keaton, Kim Basinger… casting royal en cette année 1989 ! Rajoutons également la légendaire BO de Prince (avec plusieurs titres imparables, dont un chef-d’œuvre : Scandalous) et des décors somptueux – bref, un sacré bon souvenir. Ce fut même encore mieux deux ans plus tard avec Batman le Défi, même s’il n’y avait plus Prince côté musique. En revanche, comme beaucoup, je pense que ce fut moins bien après, mais je n’ai pas manqué d’aller voir Batman Forever (le moins bon de la série) et Batman & Robin, qui ne m’a pas semblé si mal après tout. Vu dans un avion, Batman Begins m’a paru excellent, mais le décalage horaire a eu raison de moi, et je n’ai pas vu le dernier quart d’heure ! Je me souviens en tout cas très bien de la voix en VO de Batman lorsqu'il est masqué et en action - un timbre extraordinaire.
Côté BD, la renaissance de Batman est intervenu au milieu des années 80 en la personne de Frank Miller. J’ai été marqué par son utilisation dans The Dark Knight Returns (Miller avec Janson & Varley, DC) des écrans de télévision comme sources d’informations – au sens propre car ce sont des cases à part entière, et au sens figuré car ce sont précisément des bulletin de news que l’on voit. Le découpage était très fort, avec beaucoup de voix intérieures, le propre même des graphic novels. Néanmoins, je trouvais le dessin à peine assez réaliste pour un Batman et je n’ai pas aimé l’intervention de Superman à la fin. Bon sang, Batman doit se suffire à lui seul ! Tout a été corrigé ensuite avec Batman : Year One (Miller avec Mazzuchelli & Lewis, DC) où là, on atteint le chef-d’oeuvre. Narration un poil plus sobre, dessins plus sombres, action centrée autour de la naissance du personnage – un classique, la base de tout récit moderne de l’homme chauve-souris. Tellement influencé par cette oeuvre, j’ai même réussi à faire apparaître Batman dans ce qui a été mon deuxième album de BD (Spartakus, Fatal Carnaval – avec Michel Valdman, Dargaud, 1994) ! Et quitte à en remettre une couche, j’ai de nouveau fait appel à Batman dans Mongo le Magnifique, Une Affaire de Sorciers T1 (avec Roger Mason, EP Editions, 2004) lorsque je le fais intervenir en rêve – précisément quand Mongo (un détective privé nain, mais au QI phénoménal) se fait mordre par une chauve-souris enragée. L’occasion était trop belle et je me souviens de la joie de Roger lorsque je lui ai annoncé qu’il allait pouvoir dessiner Batman ! Comme quoi, cet homme qui n’est pas un super-héros, mais un héros tout court, suscite bien des convoitises. Je finirai ces souvenirs personnels en rappelant que j’ai également dédié le T3 de ma série Hauteclaire (Le Reflet des Lames, avec Benoit Lacou, EP Editions, 2004) à Bob Kane, « pour son oeuvre et son personnage majeur ». Il y a vraiment des influences qu’on ne pourra jamais renier.
Bruce Wayne, enfant de riches, voit ses parents assassinés sous ses yeux : histoire simple et forte, tragique et intemporelle. De ce drame originel va donc naître sa vocation de se venger, de traquer les assassins, les voleurs et les « méchants » de tout poil. Il ne faut pas chercher plus loin les clefs du succès – la quête d’un enfant devenu adulte mais qui n’oubliera jamais sa cicactrice juvénile et qui ne parviendra pas à totalement maitriser son immense tristesse rageuse est assurément poignante et universelle.
Le coup de génie vient pourtant, selon moi, ensuite : dans le costume. Le masque avec les deux oreilles stylisées, les longs gants, les bottes montantes et surtout la cape - ce n’était pas évident de partir d’un animal aussi repoussant (la chauve- souris) pour arriver à un héros aussi charismatique. Bob Kane peut être remercié éternellement, même si le charme actuel vient avant tout d’un certain relookage du costume, précisément, beaucoup plus agressif et « cuir » que l’original. On ne se lasse pas, en tout cas, de voir des dessins de Batman contemplant la nuit le décor baroque de sa ville, Gotham, avec sa longue cape tombant dans le vide... Il y a là une certaine facilité, peut-être, dans le concept, volontiers démonstratif et posé, mais la recette fonctionne et on est forcément impressionné par ce genre d’image. Alors, ne boudons pas notre plaisir.
Pendant les années 90, j’ai acheté beaucoup de recueils de Batman parus chez DC. Il faut dire que cet éditeur avait flairé le filon et on ne comptait plus les sorties, plus sensationnelles les unes que les autres. J’étais –et je suis toujours- fasciné de voir comment l’éditeur historique avait morcelé l’oeuvre pour la décliner en autant de divisions et sous-divisions. Chacun avait sa part du gâteau, et il y en avait pour tous les goûts. Mais le plus fort est que l’édifice global tenait debout. Ca partait dans tous les sens mais aucun scénariste ne faisait s’effondrer la batmaison. Je me suis souvent demandé pourquoi Dargaud n’avait pas eu l’idée d’exploiter encore plus le mythe Blake & Mortimer de cette façon. Avec Batman, on avait la preuve que c’était possible : des équipes différentes et talentueuses pouvaient travailler en même temps, avec chacun sa patte et son respect de quelques règles sacrées (par exemple : les parents de Bruce Wayne sont bien morts assassinés sous ses yeux) mais avec une idée de carte blanche pour chaque projet. Je pense à Blake & Mortimer parce que c’est le dernier exemple d’une résurrection franco-belge en forme d’événement. Plutôt que de sortir des ersatz de Jacobs, on aurait pu –dû- dynamiser et moderniser les personnages en multipliant les collaborations et les cadres des récits. Une série mère, d’accord, mais des séries parallèles plus nombreuses... Du coup, diversité, intérêt, renouvellement.
Mais revenons à ces albums américains de Batman. Le plus célèbre est sans doute le Killing Joke, scénarisé par Alan Moore et dessiné par Brian Bolland. Les deux premières pages sont fabuleuses : Batman arrive à l’asile d’Arkham, pour rencontrer le Joker, et il n’y a aucune bulle. Juste la présence de ce personnage instantanément densifié. Très fort. Ensuite, le récit est centré sur le Joker, et c’est là que j’accroche moins, dans le sens où je ne suis pas fan du Joker, de ses élucubrations, de son visage, de sa folie – qui me lasse un peu. Mais on parle ici de forme, car dans le fond, l’idée est extraordinaire. Profiter d’un album de Batman pour s’intéresser au Joker (et à sa duplicité avec Batman), c’est justement profiter des libertés narratives offertes par DC et que Moore a aussitôt comprises et surtout détournées. Et voilà comment on revisite, réinvente et reconstruit un personnage sur lequel on pensait avoir tout dit. Je le répète : laisser un mythe aux mains de quelques créateurs peut s’avérer formidable.
Dans la même veine, on citera l’hypnotique Arkham Asylum d’un duo fameux : Grant Morrison et Dave McKean. McKean illustrant Batman ? Stop the press ! La promesse assurée du grandiose. Eh bien non. Evidemment, il y a des images exceptionnelles, un sens de l’illustration poussée à son paroxysme, mais à mon avis, Batman est en partie raté. La faute à une cape mal fichue, avec des sortes de revers sur le dessus qui font l’effet de cheveux frisés sur le costume. Un détail peut-être, mais qui enlève une partie de l’imaginaire de Batman. Où est la dimension du personnage si sa cape n’est pas impressionnante ? Je suppose que McKean pourrait s’expliquer des heures et justifier sans problèmes ses choix figuratifs (qui confinent vraiment au génie), mais je serai toujours désolé de m’arrêter à cette petite constatation. Il faut de toute façon avouer que la lecture de ce livre torturé et littéralement expérimental n’est pas aisée.
Du même Morrison, on peut préférer Gothic (avec Janson) ; une histoire de nouveau horrifique mais où le mythe de Faust est revisité avec astuce dans le cadre de Gotham. C’est pourtant une visite que fait Batman dans un château abandonné autrichien qui reste en mémoire.
Parfois, on tombe dans le n’importe quoi et on n’échappe pas au grand ramasse-miettes de la création, pardon : de la récupération. Batman & Dracula : Red Rain (Moench, Jones, Jones III & Dorscheid), Batman Aliens (Marz & Wrightson) –oui, oui, Batman affronte les Aliens du film de Cameron !- ou encore Batman : The Abduction (Grant, Breyfogle & Hodgkins) où il fallait bien qu’on parle un jour d’extraterrestres. Même Spawn Batman (signé pourtant par un tandem à faire pâlir, McFarlane et Miller en personne) n’échappe pas au ridicule.
En fait, il faut être plus malin et carrément partir vers de nouvelles voies. C’est ce qu’a bien compris l’équipe composée d’Augustyn, Mignola (le créateur de Hellboy, crédité à l’époque sous son prénom complet « Michael » et non « Mike »), Craig Russell et Hornung dans : Gotham by Gaslight, une histoire annoncée comme « alternative » à Batman. Comme son titre l’indique, l’action se passe dans un Gotham du passé, au XIXe siècle, quand les rues étaient encore éclairées au gaz et non à l’électricité. Dans ce Gotham règne un certain Jack l’Eventreur, qui n’est pas pour rien dans l’assassinat des parents Wayne. Là encore, on ratisse large mais l’histoire est réellement fascinante et l’atmosphère de ce mélange de Gotham et de Londres frappe les esprits. Une réussite d’autant plus remarquable qu’il y avait tous les ingrédients pour se fourvoyer. Même le costume à l’ancienne de Batman est superbe. Le succès de cet album fut tel qu’une collection baptisée Elseworlds fut créée par DC : le principe était bien d’y retrouver les héros dans « d’autres mondes » que le leur. Hélas pour le scénariste Brian Augustyn, son Master of the Future n’avait pas la même implacabilité que Gotham by Gaslight. En revanche, Batman/Houdini : The Devil’s Workshop (Chaykin, Moore & Chiarello) était une réussite incontestable, avec l’introduction excellente d’un personnage réel, à fort pouvoir scénaristique : le magicien et l’illusionniste Harry Houdini.
En illustration pure, mention spéciale à The Chalice (Dixon & Van Fleet) et Castle of the Bat (Harris & Hampton).
Le dernier Batman américain que j’ai acheté est Hush (Loeb, Lee & Williams), mais dès que je vois des monstres grand-guignolesques, je fuis. C’était le cas. Et puis, si je vénère Batman, je trouve toujours que les autres héros qui l’accompagnent (Catwoman, Robin) sont inutiles.
Lust Caution * * *

de ang lee avec tony leung, tang wei, joan chen, leehom wang
années 40, la chine ocuupée par les japonais, Wang rejoint un groupe de résistants, et, à Hong Kong, plus Shanghai, elle doit séduire M.Yee, collabo des japonais
Il faut tout de même attendre 90 mn avant la luxure... mais les "fameuses" scènes de sexe ne décoivent pas, pas parce que particulièrement crues, on a vu "mieux" dans quelques films coréens, mais parce qu'elles font vraiment s'élever l'histoire. La longue attente, d'approche, de séduction, beaucoup plus proche du film d'espionnage, est nécessaire, mais il faut reconnaitre qu'on y perd de l'énergie, un beau film qui tarde à décoller. Et qui trouve donc son ampleur autour d'une scène de meurtre violent et 2/3 scènes entre Wee et Wang, plutot tendues, pas forcément simulées... (ou alors excellent cadreur à la caméra...), et qui, au delà d'un certain plaisir esthétique, ont du sens, la confrontation de la résistante et du salaud, des potentiels bourreau et victime, un lien sexe / mort (seul le sexe permet à Wang de s'approcher de son ennemi), bien complexe, avec ce qu'il faut de perversité, car tout n'est pas calculé entre eux deux. On en redemande... cette relation passionnelle et ambigue donne une vraie force à ce film qui reste dans les hautes sphères dans une dernière partie vraiment extraordinaire, c'est souvent l'inverse, alors à souligner. Ang lee a peut être été plus à son aise dans des films américano-asiatiques comme "garcon d'honneur" et "the ice storm", mais il a un sacré talent qui lui permet d'être encore à un haut niveau dans ce film de genre. Une réalisation d'un classicisme parfait, du très bel (et sobre) ouvrage. Ainsi que l'histoire, bien loin des films de résistance où on finit par ne pas tout comprendre, l'intrigue est simple, sans complications inutiles. On a parfois l'impression de voir du Bertolucci facon "Conformiste" / "Dernier tango" / ...et "Dernier Empereur" bien sûr, une réalisation très classique mais qui laisse passer beaucoup de choses, pas mal de mélancolie sur la fin, une tristesse chez ses deux personnages, superbe scène de Wang, seule, dans la rue, avec sa bague. Il y avait quand même de quoi faire plus intense et moins "images chromo de Shanghai", et d'obtenir un très grand film. Disons que le talent de ang lee et une histoire plus resserrée comme "l'amant" pour la partie sexuelle. Excellents acteurs, tony leung moins esthétisant que chez Wong Kar Wai. Et belle belle musique d'Alexandre Desplat.
28 janvier, 2008
Monsieur Jo et Monsieur Jean


D'un côté un trentenaire bobo, pétri de doutes, personnage principal d'une bande dessinée fameuse ; de l'autre un jeune champion qui ne semble, lui, douter de rien et qui est peut-être un vrai héros. Malgré leurs différences, ils ont été les deux héros du week-end.
Je n'allais évidemment pas manquer une finale de grand chelem de tennis où un Français figure. Pour avoir couvert de nombreuses années ce fabuleux sport, je suis toujours très intéressé par l'actualité de la balle jaune. Et là, on a été servi ! Ce qu'a fait Tsonga est évidemment extraordinaire, notamment son match contre Nadal (je n'ai pas vu les autres avant sa 1/2 finale) qui a été surnaturel. Comme beaucoup, je pense que ça aurait été mieux qu'il joue contre Federer en finale car Djokovic est un peu dans le même cas de figure que lui : le jeune qui arrive ambitieux et qui veut gagner. Ca annulait forcément un peu la puissance annoncée de Tsonga. D'un autre côté, on s'est clairement rendu compte pendant un set et demi que Djokovic n'était vraiment pas à l'aise, limite paralysé par l'enjeu. Tsonga en a profité, sans qu'il soit lui-même aussi fort que trois jours auparavant : rien ne dit que Federer, en habitué des finales, ne l'aurait pas haché menu d'emblée... Tout ça pour dire que Djokovic a eu le mérite de ne pas totalement s'écrouler et de tenir vaille que vaille. Tsonga n'a pas eu les ressources pour l'assomer définitivement et on a ensuite senti dans les deux derniers sets que le Français n'y arriverait pas... Quel dommage ! Je nourris beaucoup de regrets car là on tenait quelque chose, pour la première fois depuis 25 ans (je fais partie de ceux qui étaient bien sûr devant leur poste en 1983 pour la victoire de Noah à Roland Garros !). Reste qu'on a quand même un joueur qui a battu les n°9, 8 et 2 mondiaux et qui a été battu assez difficilement quand même en quatre sets par le n°3 qui avait battu en trois sets le n°1 ! Donc, bravo à Jo-Wilfried Tsonga qui nous rappelle aussi Safin par certains aspects et dont on espère qu'il sera plus constant.
Comme tout le monde, on est maintenant curieux de savoir ce qu'il va faire : à mon avis, pas forcément grand chose à Roland Garros, mais ça risque de faire mal à Wimbledon ! Je suis à peu près sûr que Tsonga ne sera pas un feu de paille, et qu'on tient peut-être notre star de demain, tous sports confondus. Je dis aussi : attention à la réaction de Richard Gasquet. L'aventure du Manceau va peut-être lui donner un coup de fouet mental et moral - et c'est peut-être lui qui va en profiter le premier...
Du côté d'Angoulême, dans le même temps, on apprenait que le duo Dupuy-Berberian était proclamé Grand Prix, succédant ainsi à l'Argentin Munoz. Pas grand chose à dire, on couronne là une carrière assez impeccable, un positionnement assez coté et prestigieux dans le monde de la BD. Certes, c'est une oeuvre contemporaire, bien dans l'air du temps, bobo certainement, qui a peut-être même déjà un peu vieilli, mais avec un ton juste et bien étudié, des albums qui se lisent agréablement et qui renvoient à nous tous. Bravo donc à eux, on ne va pas crier au scandale, mais c'est vrai qu'on a en ce moment tendance à préférer M. Jo à M. Jean...
22 janvier, 2008
Latest news...

Hello les amis !
Je m'aperçois que je manque à tous mes devoirs et que cela fait un certain temps que je n'ai pas laissé de nouvelles. Je profite d'un petit moment d'accalmie pour rattrapper le coup. En fait, depuis le début de l'année, je suis à fond dans la BD - dans une phase de création tous azimuts comme rarement j'ai connue.
Il y a d'abord, évidemment, L'ultime Chimère. La magnifique planche que vous voyez ci-dessus sera la première. Je pense que d'ici très peu de temps, je pourrai vous montrer la couverture officielle. Le dossier de presse est aussi en course de rédaction. Je peux par contre vous livrer en exclusivité le petit texte qui accompagnera la 4e de couverture :
"L’objet le plus mystérieux de l’Histoire est aussi le plus secret :la flèche de Nemrod ! On dit qu’elle aurait blessé Dieu lui-même et qu’elle aurait traversé les âges…On dit aussi que l’approcher, c’est être maudit."
J'en suis aujourd'hui au découpage des planches 18 à 23 du T5. Une sorte de mise en abyme sur plusieurs niveaux puisqu'il s'agira d'un récit dans le récit, sachant que ce T5 sera déjà un récit dans le récit par rapport à la série ! Toujours plaisant, ce genre d'exercice.
Ensuite, il y a L'Idole & le Fléau, un projet en cinq tomes qui est prévu pour aller chez un nouvel éditeur. J'ai découpé dans la première quinzaine de janvier les vingt-trois premières planches. C'est la première fois que je découpe autant sans avoir signé le contrat. Mais j'y crois, car je pense que l'idée est très forte.
Bonne nouvelle en passant : l'ami Siro s'est remis très sérieusement sur Speedway et il a pratiquement terminé tous les crayonnés du T1 ! Il va passer à l'encrage et j'espère qu'il va garder le rythme parce que l'histoire me semble assez intéressante. Ca n'est pas fabuleusement original, c'est même assez commercial, mais bon, on a le droit de se faire plaisir, non ?
Et puis, sachez que j'occupe désormais toutes mes soirées à me documenter sur une histoire qui sera le projet de ma vie. Oui, le mot peut paraître un peu fort, mais j'en suis persuadé. Tiré d'une histoire vraie, je ne peux imaginer un développement qui fasse moins de 500 pages, c'est dire ! Ce sera mon roman graphique à moi, mon From Hell, avec lequel il y aura quelques points communs... Je pense que je serai en mesure de présenter un synopsis assez détaillé à un éditeur d'ici deux-trois mois, mais je me donne encore un an de travail de documentation avant de commencer concrétement. Obligé. Je veux tout savoir sur le sujet avant de tout remettre en place pour une BD et de laisser quelques pistes nouvelles prendre corps...
En tout cas, je ne serai pas cette année à Angoulême. Griffo y sera, c'est déjà ça, et nul doute qu'on lui parlera un peu déjà de L'ultime Chimère. Mais pour le lancement officiel, ce sera au Salon du Livre de Paris...
14 janvier, 2008
It's a free world * * *

de ken loach avec kirston wareing, juliet ellis
Londres, angie, la trentaine, un fils dont elle s'occupe mal, monte une agence de recrutement, avec Rose, son amie, pour employer de la main d'oeuvre étrangère, surtout d'Europe de l'est, déterminée à s'en sortir, à la limite du légal, et sans états d'ame
Du loach, du vrai loach. Qualité impeccable, réalisation, rythme, des acteurs britanniques autant inconnus qu'impressionnants de justesse, surtout cette Kierston Wareing, présente de tous les plans. Si on met de côté ses films "historiques"- "land and freedom", son grand film ou "le vent se lève", qui lui permet de ne plus avoir à attendre sa Palme, le petit Ken...- , il séduit encore plus quand le "thème" du film prend une place moins importante, grace à toutes les histoires individuelles. Comme cette splendide réussite qu'était "just a kiss", autant une histoire sentimentale qu'un film sur les différences. moins évident ici car "it"s a free world", restera un film référencé sur "l'exploitation des travailleurs de l'Est" (le gros logo LCI en parrain le fait bien comprendre, important le parrain de départ du générique...), même si on voit largement vivrre Angie par ailleurs, avec sa famille, son "mec" polonais de passage. Mais Loach, engagé, est un gars subtil, qui montre du doigt sans caricaturer. Angie est complexe, à la fois complétement dans son obsession de la réussite, assumant son égoisme, surtout face à ces exploités (eux mêmes pas des agneaux), mais fonctionnant pas coups de coeur, aussi, spontanément. Bref, un vrai portrait de nos sociétés (ouest) européennes, un de ces films qui font / feront le portrait de l'Europe de ce début de siècle, comme pas mal de films made in UK, comme le turco-allemand "de l'autre côté ou du assayas quand il fait "boarding gate". A chaque Ken Loach, on regrette toujours autant qu'il y en ait si peu en France qui ait talent / courage / (pognon à investir ?) d'en faire autant. Et pourtant sur l'immigration, le travail temporaire plus ou moins illégal et la chasse aux sans papiers, y'aurait comme un peu de matière... on s'était dit en mai dernier qu'un Sarko président aurait au moins l'avantage de relancer des une création culturelle plus engagée et plus proche de la réalité. pour l'instant, on ne voit que les films d'alice taglioni à l'horizon... en attendant le premier film de Cauet cet été...
10 janvier, 2008
L'ultime Chimère : une planche couleur

Je n'ai pas encore la date de parution du T1 de L'ultime Chimère, mais ce devrait être aux environs du 15-20 mars. Une sorte de "sortie officielle" est prévue pour le Salon du Livre de Paris (23-27 mars). Cela veut dire que dans deux mois pile, nous devrions avoir reçu les premiers exemplaires... En attendant, je peux vous dire que ça bosse dur, pour finaliser les couleurs, relire les textes, et concevoir la couverture. Pour cette dernière, Griffo est actuellement dessus et le concept général de "présentation" de la série a été fait en début de semaine par Christian Blondel, le responsable graphique chez Glénat. La couverture devrait être présentée à Angoulême et vous la verrez bien sûr en avant-première sur ce blog.
Voici en tout cas une planche de ce premier album, mise en couleur par Bruno Pradelle et Rémy Langlois.
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